I V G Trois lettres ... Un instant figé dans le parcours obstétrical des femmes, dans l’histoire d’un couple.

IVG : entre droit, vécu intime et accompagnement

Trois lettres qui peuvent bouleverser une trajectoire de vie.
Trois lettres qui interrogent l’identité d’une femme, qui peuvent fragiliser ou renforcer un couple.
Trois lettres qui renvoient à un droit légal en Belgique, mais aussi à une expérience profondément intime, parfois silencieuse.

Que l’on ait 14 ans ou 40 ans, que l’on soit étudiante, déjà mère, en couple ou en situation précaire, l’Interruption Volontaire de Grossesse traverse toutes les réalités sociales.

Elle ne définit pas une femme.
Elle marque un moment.

Un instant souvent intense, parfois chargé d’ambivalence, qui peut laisser une trace durable dans l’histoire psychique.

En tant que sage-femme, je constate combien cet événement reste figé dans le parcours obstétrical d’une femme. Il me semble essentiel de remettre au centre le respect, l’écoute et l’accompagnement autour de cette décision.

La loi belge : un cadre clair pour une décision libre

En Belgique, l’IVG est dépénalisée depuis 1990. Elle constitue aujourd’hui un droit légal reconnu, inscrit dans le respect de l’autonomie des femmes, tout en étant encadré par la loi.

L’IVG est autorisée jusqu’à 12 semaines de grossesse (14 semaines d’aménorrhée). La procédure comprend :

  • Un délai légal de réflexion de 6 jours

  • Un entretien préalable visant à garantir une décision libre et éclairée

  • Une réalisation en centre agréé ou en milieu hospitalier

Au-delà de 12 semaines, une IVG reste possible en cas de danger grave pour la santé de la femme ou d’anomalie fœtale grave.

Ce cadre juridique protège et sécurise la décision. Il n’enlève cependant rien à la complexité émotionnelle que peut représenter cet événement.

Données épidémiologiques en Belgique

Chaque année, entre 18 000 et 20 000 IVG sont réalisées en Belgique. Ce chiffre est stable depuis plusieurs années.

Les données montrent que :

  • La majorité des femmes concernées ont entre 20 et 29 ans.

  • Environ un tiers sont déjà mères.

  • La plupart des IVG sont réalisées précocement.

  • La méthode médicamenteuse est plus fréquemment utilisée que la méthode chirurgicale.

L’IVG traverse toutes les catégories sociales, tous les niveaux d’éducation et toutes les situations conjugales.

L’ambivalence : un conflit psychique normal

Cliniquement, l’IVG est rarement une décision totalement linéaire. Elle mobilise un conflit interne souvent nuancé.

La grossesse, même très précoce, active des représentations profondes : féminité, maternité, histoire familiale, relation à sa propre mère.

Même lorsqu’elle n’est pas désirée, elle peut faire émerger inconsciemment des projections, des fantasmes, une image de soi en devenir.

Certaines femmes décrivent un tiraillement entre :

  • Désir et réalité

  • Responsabilité et aspiration personnelle

  • Loyauté familiale et autonomie

Cette ambivalence n’est pas un signe d’indécision ni de faiblesse. Elle témoigne de la complexité de la décision.

Chez les adolescentes, la peur du regard parental ou social peut s’ajouter.
Chez les femmes de 35 à 45 ans, une grossesse inattendue peut réactiver des questionnements existentiels :
« Encore ? Maintenant ? Ai-je le droit de dire non ? »

Malgré son cadre légal, l’IVG demeure socialement chargée. Certaines femmes évoquent un silence pesant, parfois vécu comme un deuil intérieur difficilement partageable.


IVG et trauma : que faut-il comprendre ?

Les études montrent que la majorité des femmes ne développent pas de trouble psychiatrique après une IVG.

Lorsque la décision est réfléchie et cohérente avec la situation de vie, un soulagement est fréquemment rapporté.

Les vulnérabilités psychologiques préexistantes (antécédents dépressifs, anxieux, traumatismes antérieurs, isolement social) influencent davantage le vécu post-IVG que l’acte médical lui-même.

L’IVG n’est donc pas, en soi, un facteur systématique de traumatisme. Le contexte émotionnel et relationnel est déterminant.

➤ Le trauma psychologique

Un vécu traumatique peut émerger lorsque :

  • La décision est prise sous pression

  • La femme se sent seule ou insuffisamment soutenue

  • L’IVG réactive un vécu antérieur douloureux

Dans ces situations, certaines femmes peuvent exprimer :

  • Un deuil symbolique

  • Une culpabilité persistante

  • Une sensibilité accrue aux dates anniversaires

  • Un questionnement identitaire

Ces réactions ne sont ni systématiques ni universelles.

➤ Le trauma corporel

Même sans complication médicale, le corps peut conserver une forme de mémoire.

La grossesse engage déjà des processus hormonaux et physiologiques. L’interruption peut être vécue comme une rupture brutale de ce processus.

Certaines femmes décrivent :

  • Une sensation de vide

  • Une fatigue intense

  • Une hypersensibilité émotionnelle

Ces réactions sont à la fois hormonales et symboliques. Le corps et la psyché sont étroitement liés.

L’impact sur le couple

L’IVG peut révéler ou accentuer certaines dynamiques conjugales.

Décision partagée

Le dialogue est présent. Le couple traverse l’événement ensemble. Cela peut renforcer la solidarité.

Décision asymétrique

Un partenaire souhaite poursuivre la grossesse, l’autre non.
Même si la décision finale appartient à la femme, un déséquilibre émotionnel peut apparaître.

Le partenaire peut ressentir : impuissance, tristesse silencieuse, colère ou exclusion.

Pression explicite ou implicite

Lorsqu’une femme se sent orientée ou contrainte, le risque de souffrance psychologique augmente.

Si l’IVG concerne le corps de la femme, elle peut impacter la dynamique psychique du couple. Le silence post-IVG est fréquent et peut créer une distance durable.

L’IVG dans l’histoire reproductive

Avec le recul, de nombreuses femmes portent un regard nuancé :

« C’était nécessaire. »
« Je n’y pense presque plus. »
« J’y repense parfois. »

L’IVG n’annule pas une maternité future.
Elle ne rend pas infertile.
Elle ne détermine pas la capacité d’aimer un enfant ultérieurement.

Elle s’inscrit dans une trajectoire reproductive plus large : contraception, grossesses, fausses couches, naissances.

Elle constitue un chapitre d’une histoire, jamais son résumé.

Le rôle de la sage-femme : contenir, informer, soutenir

Dans ces situations, la sage-femme occupe une place particulière. Elle peut :

  • Offrir un espace neutre de parole

  • Accueillir l’ambivalence sans jugement

  • Informer de manière claire sur les méthodes et le suivi

  • Repérer d’éventuelles fragilités psychologiques

  • Orienter vers un soutien spécialisé si nécessaire

  • Intégrer le conjoint si la femme le souhaite

L’accompagnement ne consiste pas à orienter la décision, mais à sécuriser le processus.

À vous qui traversez cela

Il n’existe pas une seule manière de vivre une IVG.

Vous avez le droit :

  • D’être soulagée

  • D’être triste

  • D’être ambivalente

  • De ne rien ressentir

  • D’en parler

  • De garder cela intime

Ces trois lettres peuvent sembler lourdes. Elles ne définissent ni votre valeur ni votre identité. Elles décrivent un moment.

Un moment qui peut laisser une trace.
Un moment qui peut, avec le temps et un accompagnement respectueux, retrouver sa juste place dans votre histoire.

La santé périnatale inclut aussi ces instants fragiles. Ils méritent d’être accompagnés avec humanité.

Si vous ressentez le besoin d’informations, d’écoute ou d’un soutien confidentiel, vous pouvez vous adresser à votre médecin traitant, votre gynécologue, votre sage-femme ou à un centre de planning familial.

Vous n’êtes pas obligée de traverser cela seule.

A propos de l’auteure : Alexandra Byttebier

Alexandra Byttebier est sage-femme à Wépion, dans la région de Namur. Depuis plus de vingt ans, elle accompagne les femmes et les familles à chaque étape de la maternité, avec une attention particulière portée à l’écoute, au respect des choix et à l’individualité de chaque parcours.

Son expérience hospitalière lui a permis de développer un savoir-faire solide et une grande capacité d’adaptation. Elle a exercé au sein de différents services – centre néonatal, salle d’accouchement, maternité, grossesses à risque et consultations gynécologiques – autant de lieux où elle a appris à accompagner des situations très diverses, parfois délicates, toujours profondément humaines.

Aujourd’hui, Alexandra propose un accompagnement personnalisé fondé sur la confiance et la bienveillance. Elle reçoit les femmes en consultation individuelle avec ou sans leur conjoint et les accompagne notamment autour de la grossesse, du post-partum, de l’allaitement et de l’utilisation du tire-lait. Son approche vise à informer sans diriger, à soutenir sans juger et à permettre à chaque famille de faire des choix éclairés et sereins.

Animée par le désir d’être plus proche des femmes et de leurs histoires, elle a créé son propre espace professionnel à Wépion. Elle y propose également des séances de Pilates en petit groupe dans une démarche de bien-être global et de reconexion au corps.

Alexandra Byttebier est sage-femme conventionnée et applique le tiers payant sur base de la nomenclature INAMI.

Vous pouvez la contacter pour poser vos questions ou prendre rendez-vous, afin de bénéficier d’un accompagnement respectueux, humain et adapté à votre réalité.

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